Passe de l'exaltation au néant, de vie à trépas. Il existe des blessures dont les plaies restent ouvertes au monde extérieur jusqu'à la décomposition de leur propriétaire. Des scarifications de l'âme, celle-ci changée de manière radicale, irrévocable, tel un maléfice que l'on aurait provoqué, par rêve, et non subit en tant que victime. Toute chirurgie répétitivement accordée donne un simulacre récurrent, éphémère. Elle est tout de même nécessaire, l'exposition n'est pas agréable au regard, ni au touché. Elle est futile lorsqu'on s'approche de près, elle révulse comme si ces plaies d'humanité laissent échappées une odeur nauséabonde, pestilentielle ou donnent une vision indécente à la rétine frappée de cécité, sacrifiée à l'autel de la conformité. A ceux qui me sont proches depuis plus d'une décennie, on s'amuse à me comparer à « l'homme de Cro-Magnon », à l'Hermite vivant dans sa grotte. Soit passéiste et hermétique. Cela n'a comme résultat que le replis aux commissures de mes lèvres. Lors d'une soirée glaciale passée sur une plage auprès d'amis chers, on s'entêta à parler d'amour et ce dernier fut étroitement lié aux désirs, comme si il ne se résuma qu'à cela. La stupeur se suivit à mon silence devant tant de divagations, d'égarements, d'absences profondes de sentiments. Cela a le mérite d'être honnête, quoique incongrûment défendu. C'est dit et c'est vu : l'amour est pour la majorité des êtres humains que l'expression de sa libido, comme l'a si bien écrit Beigbeder : « Le but de toute cette stratégie est évidemment d'obtenir une distance négative due à la pénétration d'un corps étranger à l'intérieur de cette personne (à environ moins 12 centimètres en moyenne nationale). ». Evidemment. Toute croyance, espérance, contraire n'est dûe qu'à une grande candeur ; homme cloisonné aimant à penser que les sentiments et le respect étaient primordiaux. Quelle niaiserie pathétique ! J'ai aimé une « Mante religieuse », une « veuve noire » comme si l'unicité de nos êtres était indissociable, à jamais remise en question. Son absence n'était qu'une nuit ténébreuse, son sourire ; un soleil étincelant. Je m'abstenais à croire à tant de chance, de bonheur mais pas à ma maladresse devant tant de perfections. Que nenni, le temps parle pour lui-même : ces dires sont tels la rosée du matin, ces actes aussi existants que l'eau potable en afrique. Ces derniers amenant tant de rafraîchissements ! Mais ponctuels. Insuffisants pour contrecarrer la soif vitale. Si peu que la pluie arrive qu'entre deux soleils, deux sourires. Oui, je croyais ingénument que son sourire était le « nôtre » puisque si parfaits. Mais non, elle l'a partagé à chaque embrassade, dégraffage, soupir. C'est un sourire qui naquit devant chaque nourritures pouvant rassasiées ces désirs. Et ce n'est qu'une pauvre victime de ses propres actes, de sa faim et de ses ambitions. Une victime consciente mais qui se laisse masturbée, mâchouillée, sans une once de pensée à celui qui l'aimait comme elle ne le sera plus jamais, qui l'aimait comme elle ne le méritait pas. Qu'importe, je célèbre funestement ces deux ans où la rédemption ne parut jamais être à son tableau de bord. Seul peut être le jouissement était le seul présent prêt à être accepté. Chaque jour est une absence, sa présence semestrielle n'est qu'un « entre deux ». Dire qu'une telle personne va à de telles fins ; elle était mon aimée, ma supérieure, ma réduction existentielle. A ce « Tout », elle « tut » ; ne laissant qu'un « o » représentatif d'un cycle absurde emplit d'un blanc immaculeusement vide. Je porte mes plaies non en tant que brassard de la victimisation mais en tant que responsable, portant vos relents infectant des chères qui furent jadis blanches et douces. La beauté d'un sourire et des paroles n'a comme éclat que la magnifiscience de leur sincérité. J'ai adressé une promesse, je la tiendrais jusqu'en début de l'année prochaine comme il en était question. Mais je ne me fais guère d'illusion ; il n'adviendra que le râle de l'écho d'un passé heureux. Non sa voix angélique, dont le tintillement à mes oreilles s'amenuis, et ce regard, dont le scintillement est dirigé vers d'autres fins, faims.

Passe de l'exaltation au néant, de vie à trépas.  Il existe des blessures dont les plaies restent ouvertes au monde extérieur jusqu'à la décomposition de leur propriétaire. Des scarifications de l’âme, celle-ci changée de manière radicale, irrévocable, tel un maléfice que l’on aurait provoqué, par rêve, et non subit en tant que victime. Toute chirurgie répétitivement accordée donne un simulacre récurrent, éphémère. Elle est tout de même nécessaire, l’exposition n’est pas agréable au regard, ni au touché. Elle est futile lorsqu’on s’approche de près, elle révulse comme si ces plaies d’humanité laissent échappées une odeur nauséabonde, pestilentielle ou donnent une vision indécente à la rétine frappée de cécité, sacrifiée à l’autel de la conformité. A ceux qui me sont proches depuis plus d’une décennie, on s’amuse à me comparer à « l’homme de Cro-Magnon », à l’Hermite vivant dans sa grotte. Soit passéiste et hermétique. Cela n’a comme résultat que le replis aux commissures de mes lèvres. Lors d’une soirée glaciale passée sur une plage auprès d’amis chers, on s’entêta à parler d’amour et ce dernier fut étroitement lié aux désirs, comme si il ne se résuma qu’à cela. La stupeur se suivit à mon silence devant tant de divagations, d’égarements, d’absences profondes de sentiments. Cela a le mérite d’être honnête, quoique incongrûment défendu. C’est dit et c’est vu : l’amour est pour la majorité des êtres humains que l’expression de sa libido, comme l’a si bien écrit Beigbeder : « Le but de toute cette stratégie est évidemment d’obtenir une distance négative due à la pénétration d’un corps étranger à l’intérieur de cette personne (à environ moins 12 centimètres en moyenne nationale). ». Evidemment. Toute croyance, espérance, contraire n’est dûe qu’à une grande candeur ; homme cloisonné aimant à penser que les sentiments et le respect étaient primordiaux. Quelle niaiserie pathétique !  J’ai aimé une « Mante religieuse », une « veuve noire » comme si l’unicité de nos êtres était indissociable, à jamais remise en question. Son absence n’était qu’une nuit ténébreuse, son sourire ; un soleil étincelant. Je m’abstenais à croire à tant de chance, de bonheur mais pas à ma maladresse devant tant de perfections. Que nenni, le temps parle pour lui-même : ces dires sont tels la rosée du matin, ces actes aussi existants que l’eau potable en afrique. Ces derniers amenant tant de rafraîchissements ! Mais ponctuels. Insuffisants pour contrecarrer la soif vitale. Si peu que la pluie arrive qu’entre deux soleils, deux sourires. Oui, je croyais ingénument que son sourire était le « nôtre » puisque si parfaits. Mais non, elle l’a partagé à chaque embrassade, dégraffage, soupir. C’est un sourire qui naquit devant chaque nourritures pouvant rassasiées ces désirs. Et ce n’est qu’une pauvre victime de ses propres actes, de sa faim et de ses ambitions. Une victime consciente mais qui se laisse masturbée, mâchouillée, sans une once de pensée à celui qui l’aimait comme elle ne le sera plus jamais, qui l’aimait comme elle ne le méritait pas. Qu’importe, je célèbre funestement ces deux ans où la rédemption ne parut jamais être à son tableau de bord. Seul peut être le jouissement était le seul présent prêt à être accepté. Chaque jour est une absence, sa présence semestrielle n’est qu’un « entre deux ». Dire qu’une telle personne va à de telles fins ; elle était mon aimée, ma supérieure, ma réduction existentielle. A ce « Tout », elle « tut » ; ne laissant qu’un « o » représentatif d’un cycle absurde emplit d’un blanc immaculeusement vide. Je porte mes plaies non en tant que brassard de la victimisation mais en tant que responsable, portant vos relents infectant des chères qui furent jadis blanches et douces. La beauté d'un sourire et des paroles n'a comme éclat que la magnifiscience de leur sincérité. J’ai adressé une promesse, je la tiendrais jusqu’en début de l’année prochaine comme il en était question. Mais je ne me fais guère d’illusion ;  il n’adviendra que le râle de l’écho d’un passé heureux. Non sa voix angélique, dont le tintillement à mes oreilles s’amenuis, et ce regard, dont le scintillement est dirigé vers d’autres fins, faims.
27 / 10 / 2007 ;
Funeste célébration de la fête des saints et des morts




"Notre existence est l'addition de journées qui s'appellent toutes aujourd'hui...
Une seule journée s'appelle demain :
celle que nous ne connaîtrons pas."



"Le temps mûrit toute choses ;
par le temps toutes choses viennent en évidence ;
le temps est père de la vérité."



# Posté le lundi 02 novembre 2009 02:22

Modifié le lundi 02 novembre 2009 14:48

Twelfth Night, or What You Will

Twelfth Night, or What You Will
L'âme des mots.


"Le bonheur n'est pas un gros diamant,
c'est une
mosaïque de petites pierres harmonieusement rangées."


Le malheur n'est qu'un amas de chaos, un amoncellement qui n'a comme fin qu'une incohérence échappant à notre logique ; il rejoint tout naturellement le compartiment de nos incompréhensions, puisque étant hors de portée de la main de nos pensées.

Aux antipodes, le
bonheur se distingue par sa prestance, ces contours formés d'une telle façon qu'ils nous échappent. Heureuse finalité, ce n'est pas un Tout formé d'un seul bloc, comme l'on dit : "chacun ajoute sa pierre à l'édifice". Cela requiert du temps, de la consécration et un entourage volontaire.
Cette bea
uté sur le terme est une raison à chacune de nos respirations, à chaque souffle qu'on porte sur le brasier de nos complaintes, tel une douce brise caressant nos sens.



"Le bonheur humain est composé de tant de pièces
qu'il e
n manque toujours."


Quitte à parcourir chaque seconde de sa vie dans le but ultime d'atteindre la perfection dans son bonheur. Mais l'homme est imparfait, tout ce qui l'entoure aussi. Ce n'est qu'un notion abstraite qui se négocie à l'intérieur de son propre esprit ; simple arrangement entre la demande et le besoin.
Ceci dit, il y
a toujours un besoin presque inévitable de confondre ces attentes à celles du conformisme ; une pensée seule n'a comme retour qu'une incompréhensible solitaire.
Cependant, il est une telle joie d
e composer son bouquet du bonheur dans l'ordre qu'on entend, de choisir avec soin les fleurs qui la composeront.
Cet
te absence de perfection doit être assimilée pour éviter tout trouble.
La com
position peut aussi être unique et le destinataire devra faire preuve de toute sa clairvoyance pour constater la magnificence, la vénusté, du présent offert.



"Si l'on bâtissait la maison du bonheur,
la
plus grande pièce serait la salle d'attente."


La plupart du temps ; c'est un sentiment imperceptible, nous ressentons essentiellement ces fluctuations. Entre ces périodes, il y a une période de stabilité, d'attente. L'inanité de cette dernière s'explique par l'irrationalité, l'extravagance, de l'homme. Nos vies rencontrent de nombreuses embûches, le danger est de se cloisonner à double tour dans une pièce. Contre cela, il ne faut pas dénigrer l'existence d'une ou plusieurs autres pièces qui alimentent nos c½urs et nos âmes.
Ces pi
èces chaleureuses sont à vivre à leur juste valeur, si ce n'est plus, pour pouvoir faire face aux échos de nos respirations se répercutant dans le temps et l'espace de notre lieu clos.



"Pour justifier la vie,
il suffit de quelq
ues instants radieux d'un éclair de bonheur."


Métro, boulot, dodo. L'uniformité n'est pas un mal en soi mais son application à des fins collectifs et anti-personnelles mène à un abêtissement, à une absence de l'âme. Elle est esseulée, entravée par des agissements qui l'empêche de s'exprimer, de s'épanouir.
Face à ces ténèbres, sa pén
ombre est facilement constatable.
D'où sa revivi
scence lors d'un passage d'un bonheur que nous n'avons qu'à saisir, qu'à cueillir. Cette métempsycose, ce corps inanimé qui recueille une âme nouvelle, peuple chacun de nos battements dans la poitrine, nous fait ressentir et voir ce qui ne l'était pas jusqu'alors du fait de la cécité dû à un épais brouillard. Cette palingénésie, renaissance, est une seconde chance qui nous revient lorsque nous disposons ne serait ce qu'un soupçon de volonté, un regain de nos vies entraîné par le bonheur d'une rencontre ou d'une âme connue auxquelles on s'associe, se resserre étroitement.
Le c
iel est clair, parsemée d'une pléiade d'étoiles à la portée de tous ; il ne suffit que de [re]lever la tête et d'apercevoir la lumière du bonheur.



"Cueillez dès aujourd'hui les roses de la vie."

# Posté le samedi 24 octobre 2009 02:49

Modifié le dimanche 25 octobre 2009 13:58

Nous mourrons, quand il n'y a plus personne pour qui nous voulons vivre.

   Nous mourrons, quand il n'y a plus personne pour qui nous voulons vivre.





Le suicide, mais c'est la force de ceux qui n'en n'ont plus, c'est l'espoir de ceux qui ne croient plus, c'est le sublime courage des vaincus.



[ Guy de Maupassant ]



# Posté le jeudi 20 août 2009 07:37

Tu n'en sortiras jamais : tu étais grande en bonté et forte malgré toutes tes rities maryse, décédée le 07 août 2009 à 4h.

 Tu n'en sortiras jamais : tu étais grande en bonté et forte malgré toutes tes péripéties maryse, décédée le 07 août 2009 à 4h.




« Vous me considérez comme un assassin, quand je suis l'un des rarissimes êtres humains à n'avoir tué personne. Regardez autour de vous et regardez-vous vous-même : le monde grouille d'assassins, c'est-à-dire de personnes qui se permettent d'oublier ceux qu'ils ont prétendu aimer. Oublier quelqu'un : avez-vous songé à ce que cela signifiait ? L'oubli est un gigantesque océan sur lequel navigue un seul navire, qui est la mémoire. Pour l'immense majorité des hommes, ce navire se réduit à un rafiot misérable qui prend l'eau à la moindre occasion, et dont le capitaine, personnage sans scrupules, ne songe qu'à faire des économies. Savez-vous en quoi consiste ce mot ignoble ? A sacrifier quotidiennement, parmi les membres de l'équipage, ceux qui sont jugés superflus ? Les salauds, les ennuyeux, les crétins ? Pas du tout : ceux qu'on jette par-dessus bord, ce sont les inutiles – ceux dont on s'est déjà servi. Ceux-là nous ont donné le meilleur d'eux-mêmes, alors, que pourraient-ils encore nous apporter ? Allons, pas de pitié, faisons le ménage, et hop ! On les expédie par-dessus le bastingage, et l'océan les engloutit, implacable. [ ... ] Je n'ai jamais souscrit à cette affreuse tuerie, et c'est au nom de cette innocence que vous m'accusez aujourd'hui, conformément à ce que les humains appellent justice et qui est une sorte de mode d'emploi de la délation. »


[ L'hygiène de l'assassin. ]





# Posté le vendredi 07 août 2009 11:54

Baudelaire est mort ; courte vie à Lambda XXIème !



Personne sur la route ; juste quelques ombres au loin.



  Baudelaire   est mort ; courte vie à Lambda XXIème !

# Posté le mardi 26 mai 2009 16:37

"La liberté est l'expression française de l'unité de ltre humain, de la conscience nérique et du rapport social et humain de l'homme avec l'homme." [ Karl Marx ]

"La liberté est l'expression française de l'unité de l'être humain, de la conscience générique et du rapport social et humain de l'homme avec l'homme." [ Karl Marx ]



La volonté n'est qu'une notion abstraite moignant de l'absurdi de l'homme à se croire libre ; le libre arbitre n'est qu'une route prise limitée par des arbres qui l'encadrent.


# Posté le lundi 27 avril 2009 08:42

"L'Ecole du diable" Eric-Emmanuel Schmitt pour Amnesty International.

"L'Ecole du diable" Eric-Emmanuel Schmitt pour Amnesty International.



Ténèbres.
Quelques gouttes semblent suinter et tomber de murs qu'on ne voit pas.
On entend des lourdes portes qui se ferment en sonnant comme des glas ; puis des pas, des pas rapides sur un sol humide et métallique ; ils se répercutent en hauts échos le long d'une cathédrale d'acier.
Enfin les pas de droite rejoignent les pas de gauche : le Médecin rencontre le Majordome.


LE MAJORDOME. Eh bien ?

LE MÉDECIN. Stationnaire.

LE MAJORDOME. Sa température?

LE MÉDECIN. Mille.

LE MAJORDOME. Mille? Normale donc?

LE MÉDECIN. Normale.

LE MAJORDOME. Ses battements de c½ur?

LE MÉDECIN. Aucun.

LE MAJORDOME. Normal donc?

LE MÉDECIN. Normal.

LE MAJORDOME. Quelle est votre conclusion?

LE MÉDECIN. Dépression.

LE MAJORDOME. Mais je ne vois pas du tout ce qui pourrait le déprimer, tout va au plus mal.

LE MÉDECIN. En êtes-vous sûr?

Pour donner plus de poids à ses dires, le majordome saisit un immense rouleau de papier couvert d'informations. il commente :


LE MAJORDOME. Nous avons plus de quinze guerres sur le globe, assez salement ravageuses grâce aux progrès techniques ; un bon million de situations tendues qui font plusieurs morts et quelques blessés graves par mois ; trois tremblements de terre ; deux cyclones; cinquante inondations et une sécheresse chronique; une moitié de l'humanité crève de famine, l'autre moitié d'indigestion, la médecine se chargeant des rescapés ; il traîne encore sur la terre cent vingt-cinq maladies mortelles ; les prisons sont pleines; les galères et les ghettos aussi ; la peine de mort triomphe ; la torture ronronne dans l'huile ; l'indifférence devient une vertu maîtresse ; on gifle les enfants, on les frappe, on les tue, on les viole ; les religions poussent à l'abus ou au crime sexuel, bref, je ne vois vraiment pas ce qui pourrait le déprimer!

Le Diable sort de l'ombre, cassé par la douleur.


LE DIABLE. La banalité. Nous clapotons dans la banalité, je m'enlise, j'étouffe.

LE MAJORDOME. Votre Diablerie, vous ne pouvez dire cela. Tout est pour le pire dans le pire des mondes possibles.

LE DIABLE. Il n'y a plus d'avenir pour nous. Le mal est fini.

MAJORDOME. Allons, c'est tout le contraire ! Vous ne pouvez négliger le renfort inattendu que nous ont récemment apporté les sciences. Le progrès, votre Diablerie, avec tout ce que la physique et la chimie permettent aux hommes désormais, nous a donné l'occasion de décupler notre activité. La bêtise n'a pas augmenté, certes, mais, grâce au soutien de l'intelligence, la bêtise tue beaucoup mieux qu'avant.

LE DIABLE. Bah! Négligeable!

LE MAJORDOME. Ah permettez! J'ai des chiffres!

LE DIABLE. Foutaises! Pelures d'oignons! La réalité, c'est que le mal ronronne et tourne à vide. Il faut trouver quelque chose de nouveau.

LE MAJORDOME. Avez-vous consulté les dossiers que je vous ai transmis ? Vos experts, sur votre demande, ont fait plusieurs propositions concrètes qui ne me semblent pas dépourvues d'intérêts.

LE DIABLE. Vieilles chaussures ! Routine ! Nouvelles armes, nouvelles épidémies, un holocauste, deux guerres mondiales ... rien de neuf en vérité, j'ai fait cela mille fois. Vos experts ne sont pas des experts, mais des historiens. D'ailleurs, je ne les aurais pas nommés experts s'ils étaient capables d'inventer.

Grand fracas.
Déboulent Agaliarept, Sargatans et Nebiros, trois lieutenants des enfers. Le Médecin s'enfuit.


AGALIAREPT. Seigneur !

Ils sont au garde-à-vous.


LE DIABLE. Hou! Voilà qui pue rudement! Enfin, une odeur qui rassure.

AGALIAREPT. Votre Diablerie, je crois que nous vous apportons la solution!

LE MAJORDOME. Constituez un dossier, nous l'examinerons.

LE DIABLE. Va, parle.

AGALIAREPT. Nous sommes descendus faire un tour sur terre : l'humanité est un cloaque, ça ne s'arrange pas, mais ça ne s'amplifie pas non plus. Vous aviez raison, il faut prendre des mesures.

LE DIABLE (au Majordome). Ah, tu vois!

LE MAJORDOME. Paroles de courtisan!

LE DIABLE (à Agaliarept).
Continue.

AGALIAREPT. Tout ce que nous avons essayé d'inventer ces derniers siècles relève du bricolage.

LE MAJORDOME (vexé) Mais c'est inadmissible! et la poudre, les canons, les armes à feu?

AGALIAREPT. Bricolage !

LE MAJORDOME. et la mondialisation de l'économie, la mondialisation des conflits?

AGALIAREPT. Bricolage ! On a simplement agrandi les frontières du village. Ce qu'il nous faut, c'est une révolution!

LE MAJORDOME. Des révolutions? Si je n'en ai pas organisé dix mille déjà, c'est dix mille deux.

SARGATANS. Il ne comprend pas, votre Diablerie, il faut intervenir là où les hommes ne nous attendent plus: dans leurs esprits.

LE DIABLE. Que proposez-vous?

SARGATANS. Changer leur regard sur le mal.

LE DIABLE. C'est-à-dire?

SARGATANS. D'abord vous supprimer.

LE MAJORDOME. Pardon ?

SARGATANS. Ne plus parler du Diable, ou de nous, ses lieutenants. Nous devons disparaître pour devenir efficaces.

LE DIABLE. Je ne comprends pas.

AGALIAREPT. Il faut ôter sa réalité au mal, qu'on ne le voie plus, qu'on le nie. Tenez, nous vous proposons trois stratégies. A toi, Nebiros.

NEBIROS. Je suis une théorie selon laquelle le mal n'existe pas. Nul n'est méchant volontairement. Chacun cherche toujours à faire quelque chose de bien. Et, si ce n'est pas le bien en soi, chacun désire quelque chose de bon pour lui. Bref, le bien et le bon, voici les deux seuls objectifs de l'individu. Imaginez, votre Diablerie: à partir du moment où l'homme pense cela, le mal n'est plus qu'un accident de parcours, une erreur de jugement, une peccadille, un dysfonctionnement passager, une mouche qui s'égare. Le mal devient négligeable, vidé de son poids, illusoire. le fauteur reste innocent.

LE DIABLE. Brillant, comment appelles tu cela?

NEBIROS.L'idéalisme. croyez moi, si les consciences humaines s'endorment ainsi dans leur célébration, nous pouvons nous y infiltrer, y prendre toute la place et y travailler durablement..

Le Diable a un petit rire et se tourne vers Sargatans.


LE DIABLE. Et toi, Sargatans ?

SARGATANS. Je suis une théorie selon laquelle le mal n'est jamais qu'un moindre mal.. Un mort vaut mieux que cent, une petite guerre vaut mieux qu'une grande, un otage exécuté mieux qu'un conflit ouvert, un coupable présumé mieux que pas de coupable. Je suis le mal à la petite semaine, le mal préventif: une condamnation à mort, même celle d'un innocent, a une valeur d'exemple et d'intimidation; la comédie de la justice l'emporte sur la justice; la vérité ne compte pas, seulement la vraisemblance de l'ordre. Je purge. Je fais le mal pour éviter un mal plus grand. Je noie le mal dans l'océan du relatif, je détermine, je soupèse, je minimise. Tout se calcule. Il n'y a plus de mal, seulement des stratégies. J'analyse, je ne sens rien, je n'ai pas de regard moral, je suis ...

LE DIABLE. Tu es ?

SARGATANS. Le pragmatisme.

LE DIABLE. Es-tu sûr que cela fasse une théorie?

SARGATANS. Certain. La froideur et l'absence de sentiments, chez les hommes, cela passe facilement pour l'intelligence même.

LE DIABLE (à Agaliarept). Et toi?

AGALlAREPT. Je suis une théorie selon laquelle un mal est toujours un bien, mais un bien que l'on n'aperçoit pas.

LE DIABLE. Là, tu exagères, ce n'est pas crédible.

AGALIAREPT. Si.. Les vraies raisons d'un acte mauvais demeurent tapies dans une zone d'ombre de l'esprit, des ténèbres, quelque chose comme ici, qu'on pourrait appeler l'inconscient. si l'homme tue, si l'homme vole, c'est par manque d'amour. Il a derrière le crâne un carrefour inconnu traversé de pulsions violentes dont certaines vont s'exprimer sous de fausses formes mais il sera convaincu que ce n'est pas lui, sa conscience, qui agit, mais son inconscient, une bête immonde en lui.

LE DIABLE. Habile mais trop poétique: ça ne marchera jamais.

AGALIAREPT. Ça marchera. Les hommes adorent s'innocenter. Ils se prendront pour des anges, des anges qui font une petite indigestion.

LE DIABLE. Et tu appelles cela?

AGALIAREPT. Le psychologisme.


Le Diable éclate de rire. Il se tourne vers le Majordome.

LE DIABLE. Caron! Appelez Caron. Vite !

Le Majordome disparaît prestement. Le Diable a retrouvé son allégresse. Les lieutenants triomphent.

AGALIAREPT . La conscience à l'ancienne disparaît.

NEBIROS. L'homme se pare d'une conscience nouvelle, d'une conscience qu'il croit hautement intellectuelle.

SARGATANS. Il croit ne plus jamais faire le mal. Jamais coupable. Jamais responsable. Un homme lavé. Une fesse de bébé sur l'autel.

LE DIABLE . Bravo, Agaliarept, Sargatans et Nebiros. J'ai compris, j'adopte toutes vos propositions, je disparais, je n'existe plus que dans l'invisible, et là, je m'incruste.

AGALIAREPT. L'invisible, votre Diablerie, c'était cela, la solution!

SARGATANS (gaffeur). Oui, l'invisible, comme Lui, là-haut.

Un temps.

LE DIABLE (maussade).
Taisez-vous.

Il y a un silence gêné.

LE DIABLE. Bien. Au travail. Mais vous ne pouvez pas y aller comme cela.

Caron entre sur scène avec sa barque, suivi du majordome.

LE DIABLE. Caron, récupères les. Et qu'ils fassent le voyage à l'envers, transformons les d'abord.

Les trois lieutenants du Diable passent derrière un paravent. Il en ressort trois enfants, trois très beaux enfants presque nus, fragiles et émouvants. Caron les aide à monter sur sa barque.


LE DIABLE. Qu'ils sont beaux! Et comme ils vont faire du mal...

Caron commence à ramer, sur un Styx qu'on imagine aux eaux lisses et huileuses. Les trois enfants demeurent debout, insoutenablement beaux.

LE DIABLE (tendrement). Au revoir mes bichons. A bientôt. Ne revenez pas trop vite.

Et il fait, sous un rire naturellement sardonique, de grands signes d'adieux aux trois enfants qui sourient sur l'esquif infernal.
Le Médecin entre et découvre le tableau de l'étrange embarquement. Il remarque que le Diable rit de nouveau, pousse un soupir de soulagement et demande au Majordome.


LE MÉDECIN. Mais que se passe-t-il ? Il rit?

LE MAJORDOME. Oui... sa Diablerie a entièrement retrouvé son allégresse.

Ils regardent les trois enfants partir sur la gondole de Caron.


LE MÉDECIN. Que leur envoie-t-il ? Un nouveau virus? Une guerre mondiale? Une catastrophe naturelle?

LE MAJORDOME. Mieux. (Un temps.) Des penseurs.




# Posté le lundi 13 avril 2009 03:35

Modifié le lundi 13 avril 2009 11:43